Patrice Gogue


étudiant aux Beaux-Arts de Toulouse

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Note(s)

Le sale et le propre : frontières et conséquences.




Il nous apparait qu'un véritable fossé s'est creusé entre ce que l'on admet comme « propre » et comme « sale ». L'exemple serait la distinction qui s'effectue entre le sol et ce qui est surélevé. Ainsi prendre un objet qui était au sol, par exemple un couvert qui est tombé, et le mettre sur la table est une profanation de l'espace surélevé, l'inverse une destitution de son statut d'objet « propre ». On trouve d'autres exemples entre intérieur et extérieur, ce qui est isolé par une protection de ce qui ne l'est pas etc... Il serait faux de dire que cette frontière est récente, elle a toujours exister, ce qui a changé c'est la ferveur avec laquelle on s'efforce de les garder séparés l'un de l'autre et à quel point le sale devient pour le contemporain quelque chose d'insoutenable. À tel point qu'aujourd'hui, on exclut ce qui « fait sale », oubliant ainsi la réel cause de cette distinction qui se jouait au niveau bactériologique et non visuelle. 
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   Cette dérive du concept a muté , elle se retranscrit dans les mœurs et les goûts. Cette tendance fut décuplée par l’avénement du minimalisme dans les différents domaine de la création s'étendant sur le design qui partage une même forme de dictat et de séparation. La critique de cette intolérance vis à vis de ce qui ne rentre pas dans le cadre d'un contrôle, devenu plus esthétique que sanitaire, n'a presque plus lieu, on l'accepte comme un progrès. Assouplir cette intransigeance est considéré comme une régression barbare. Pourtant il en résulte des conséquences catastrophiques dans des domaines aussi variés que la santé, la création, l'écologie et la politique, voici pourquoi il convient aujourd'hui d'en discuter. 
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   En effet force est de constater que cet habitus conduit à une aseptisation quasi totale de nos biens et de nos lieux de vie. Cela passe malheureusement par une élimination de nombres d’espèces (encore une fois inutilement) qui aggrave l'état des lieux déjà catastrophique de la chaine alimentaire, de l'équilibre des espèces, et une forte pollution des eaux et des sols. Il est juste d'affirmer que ce type d’aseptisation est ennemi de la vie. Il est intéressant pour appuyer ce point de montrer les récentes recherches du docteur Guy Delespesse. Il montre qu'un univers trop aseptisé participe en grande partie à la faiblesse de nos systèmes humanitaires. En effet, surtout durant l'enfance, notre métabolisme est « modulable » et se construit beaucoup d'anti-corps pour chaque éléments extérieurs affectant normalement notre métabolisme. Ainsi cette volonté d'hygiénisation qui se souciait avant tout de la bonne santé de la population agit finalement dans le sens inverse à long terme... 
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    Comme dit plus haut nous arrivons à un point où ce qui « fait sale » nous est insoutenable. En clair nous ne voulons plus avoir de saleté sous nos yeux, encore moins rentrer en contact. Ceci se retranscrit par un aveuglement volontaire vis à vis de la destination de nos déchets, de leur quantité (qui au passage est elle-même accru par le rejet d'objet qui « font sale ») et de leurs conséquences. Par ailleurs cela participe aussi à un éloignement volontaire de celui qui fait parti de cette sphère du sale. Concrètement les sans abris, les gens du voyages, ou tout autre groupe/personne qui a une exigence (ou simplement l'impossibilité) moindre vis à vis de l'hygiène de vie. Notre culte extrême du propre, de ce qui se rapproche du risque zéro d’infection, est responsable d'une marginalisation d'une part de la population. 
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   Enfin, le goût pour ce qui parait propre, qui est de plus en plus inconscient, a pour conséquence d’atrophier les possibilités de créations. Cela se voit d'une part dans l'objet fini qui, par exemple, avec la musique électronique commercial, est entièrement contrôlé. Il n'y a plus de place pour l'accident, ce qui est raté, ce qui est maladroit. Ainsi la bataille mené par la plupart des artistes d'après guerre, si bien retranscrit dans Le mou et ses formes par M.Frechuret sombre peu à peu dans l'oubli. C'est ici la seconde mort de l'art, "cette précarité, cette non pérennité, cette instabilité qui lui garantissent de rester en éveil » est annihiler, il ne nous reste plus qu'a contempler quelque chose de figé, ou qui, si il semble bouger, ne fait que des boucles...