Patrice Gogue


étudiant aux Beaux-Arts de Toulouse

Portfolio — Axes de recherches — Cartes — À propos

étude de la zone grand sud logistique


2016

Documentations pour introduire l'étude de la zone grand sud logistique
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Ce projet se base sur une première volonté : se déplacer dans un lieu "à l'écart". C'est à dire un lieu lointain en terme de distance physique, mais qui tient aussi sa distance à une opacité cette fois-ci souhaitée.

   Le lieu choisit se situe à 40 km de Toulouse dans la direction de Montauban. C'est un terrain consacré à la logistique de 450 Ha nommé "Grand sud logistique". Il a comme vocation à devenir proprement le lieu de transit des flux (financier, marchand, télécommunication) régionaux et internationaux. "Tournée vers l'avenir"* je me suis rendu vers ce que ce lieu donne au présent.

Dès le début, je me confrontais à un espace qui de fait ne convenait pas à la configuration piétonne dans laquelle j'étais. Tout était conçu pour le transport et la marchandise. Des grand pilonnes EDF au préfabriqués démesurément étalés, de la national à l'autoroute, le lieu était découpé de toute part. Il était ainsi divisé de façon strictement géométrique et utilitaire , créant des sortes d'entre-zones, indéterminées et inexploitables car cerclées de barrières artificielles et saturées de multiples dépôts sauvages. La nature (et ici le mot perd véritablement son sens) était laissée là, mais maitrisée de façon stricte. Le plus effarent était la régularité par laquelle des arbres furent plantés au bord de la route menant à la zone. " ((((1 arbre(dans un pot en béton de 1 m de diamètre)cerclé de 3 pieux de bois morts) entremêlé d'une bande tendu entre l'arbre et les pieux) tous les deux poteaux électriques) sur une distance de 1 km.)". Cela sonne faux. Car tout comme la zone piétonne adjacente laissé à l'abandon, ce sont des règles de la RSE(responsabilité social des entreprises) qui sont là pour prétendre à concilier "développement économique et qualité de vie"*. Pourtant, en regardant ces jeunes arbres le long de la route, il n'y que la mort répétée trois fois , quadrillant la vie d'une jeune pousse.
La transposition de la planification théorique et pratique du plan dans le réel fait froid dans le dos. J'étais plus dans une ligne de code, un plan d'architecture ou une grille que dans un espace réel.

   C'est un endroit de "non-vie" qui rappelle les architectures utopistes tel que non-stop city. C'est un grand "oui" dit tout bas au dogme presque théologique du fonctionnalisme. On ne s'y sent pas bien ni les bienvenus. Il ne s'agit pas de parler d'une surveillance du lieu, non bien au contraire, il n'y a personne et cet un endroit est un "nul part" qui pourrait être partout. Le seul message qui m'est adressé est de rester en dehors. Toutes les zones sont cerclées de grillages barbelés, les immenses préfabriqués ne donnent à voir que des entrées à 1 mètre du sol : pour les camions.
Si j'utilise le terme "théologique"  ci-dessus, c'est justement pour désigner cette sacralisation du lieu. Il y'a, à l'inverse du geste de profanation développé par Giorgio Agamben, une transposition d'un lieu dans un inattaignable, en dehors du monde, alors qu'en vérité c'est un point névralgique du monde actuel dans sa nouvelle configuration**.

   Elle fait sens, cette configuration, dans une division du monde donnée par la valeur immobilière, les axes de déplacements, les impératifs économiques donnés par les nouvelles technologies sois disant "immatériel". En vérité cette virtualité n'est qu'un leurre, une mise à distance de l'accaparation (d'autant plus forte depuis l'apparition de l'informatique et du web) qui se déroule en parallèle, transfigurant notre monde, sacrifiant d'immense parcelles de terres, et la vie des riverains***.
Ces zones étaient pour la plupart agricoles et forestières. Maintenant ses extensions brutales et sauvages regroupées sous le nom de "zones industrielles" sont une réalité morne et terne, opacifiée par une multitudes d'images autres qui nous les mettent à distance, quand bien même elles occupent 10% du territoire français****. Même si des objectifs de responsabilité sont avancés, cette nouvelle zone est une preuve que les dispositifs misent en place ne sont là que pour excuser une réalité : nous sacrifions (à voir aussi au sens théologique) des espaces de vies et de libre déplacement pour le règne de la quantité et de la marchandise. Bientôt l'ensemble de notre territoire sera inaccessible dans un déplacement libre et détaché de toutes axes. Il y'aura alors un monopole sur le déplacement : c'est à dire où se déplacer et par quel moyens.

J’ai donc souhaiter d'une part pointer l'existence d'un tel lieu par divers réalisations, et l'affronter par la marche qui sera retranscrit dans une documentation. J’y est passer plusieurs nuits et journées en compagnie de deux camarades avec qui je voulais partager cette découverte, si proche de nos lieux de vie... J'ai pour ma part réalisé beaucoup de photographies. Cela sera mise en parallèle avec des productions tout autant à l'écrit, en gravure, en dessin, en vidéo, en son qu'en installation. Il s'agit par les choix de divers matériaux qui engagent donc différentes méthodes discursives, de pouvoir transmettre ce qu'est la réalité du lieu dans tout ce qu'elle contient d'étrange. A la fois par sa décontextualisation, sa mise à l'écart et sa confrontation à l'échelle 1. Ceci pourra se faire sentir par la taille des formats en gravure et en dessins, la forme et le choix du papier, le traitement de la lumière ou encore la disposition dans une mise en espace qui fonctionnera comme un ensemble.

Les travaux "195-196...", "nul part / non-lieu" et "construire l'avenir" découlent de l'experience vécu au sein de cette zone logistique.



*http://www.grandsudlogistique.com , site officiel du projet grand sud logistique, présentation en première page.
** A voir "le capitalisme comme religion" dans les Fragments de Walter Benjamin.
***à voir ci dessous la liste des expropriés sur les communes adjacentes
**** http://www.oree.org/docs/evenements/grenelle/gt-6-observatoirepa-2.pdf , constat de l'entreprise orée à la demande de l'état pour le grenelle organisé en 2007 : "promouvoir des modes de développement écologique favorable à la compétitivité et à l'emploi"