Patrice Gogue


étudiant aux Beaux-Arts de Toulouse

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2017

Ensemble de 20 dessins d'observation (17installés), charbon sur kraft, bois, 200x25

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Cette installation a prise place dans le cadre d'une exposition collective côté cour/côté jardin au musée des augustins à Toulouse. Durant plusieurs semaines j'ai réalisé en dessin d'observation la marque laissée par une maladie sur le marbre des colonnes. Cette maladie est liée à la pollution de la ville. Ce phénomène entropique résulte de l'Homme à l'ère de l'anthropocène*.

Les figures architecturales religieuses tels que le monastère ont comme ambition de tisser un lien néguentropique liant l'homme à celui qui le précède, comme filiation immortel voir éternelle dans la religion chrétienne. Ceci se trouve anéantit par le caractère laïque de l'époque moderne : ce lieu n'a plus de fonction religieuse mais culturelleset commerciales, l'architecture périt par la main de l'homme. 

Cette rupture total avec la continuité historique me semble être un seuil extreme donc impossible car éliminant des inverses (passé/futur, laïque/religieux). L'anéantissement du spirituel et du religieux sera simultanément aboutit et annulé par l'impossibilité métaphysique et individuelle d'une vie sans avenir car "perdu quelque part dans la décharge d'un passé non-historique"**. 

Cet aboutissement qui est aussi annulation se joue dans le dessin en tant qu'objet et en tant que progression du noir sur le blanc. L'objet est à la limite de la rupture par son déchirement, ce qui sera donc sa chute et sa fin. La tension diagonale entre l'objet et sa représentation est elle solide mais dut à un rapport de force entre la marbre ancien et le bois usiné qui peuvent tous deux romprent. Le dessin subit les aléas du vent et de la pluie, le faisant danser, se tordre, parfois se bloquer par le pli.  Le dessin au charbon suit l'évolution du champignon noir. Son évolution est inscrit dans le trait, qui, si il recouvre l'entièreté du papier abolit à la fois la maladie(noir) et le marbre(blanc). Le marbre n'étant plus là, la maladie n'existant qu'en rapport comparatif au marbre. 

La réalisation de ces dessins a pris de nombreuses heures, et sa mise en place est aussi le début de son effondrement***. La nécessité de réaliser ces dessins par l'observation vient de l'effort d'attention qui permet de voir comme continuité le mouvement, voir comme harmonie, en se mettant dans une pleine disposition au présent. C'est à la fois une liaison au monastère (lieu de méditation) et à l'histoire de l'art par la technique employé. Mais il y a aussi mis en exergue d'un fait présent.

L'installation éphémère reste tant que la rupture n'a pas lieu, tant qu'elle se trouve à la pointe de l'histoire qu'est le présent, car c'est toujours à cet endroit que l'on se trouve. C'est ce seuil instable que je veux montrer. Si cette attention pour ce seuil n'est plus, rien ne peut être conté ni devenir. 

*concept développé par Paul Josef Crutzen portant l'homme comme facteur de modification géologique qui donne lieu à un nouvelle ère: l'anthropocène.
**Robert Smithson, le paysage entropique
***Cf le mou et ses formes de Maurice Fréchuret