Patrice Gogue


étudiant aux Beaux-Arts de Toulouse

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The War Game, réactivation du film


2017

The War Game, réactivation du film, installation, dessin mural au charbon de bois, dessins d’après images du film de Peter Watkins au charbon de bois format 4:3 sur kraft dégradé, tirages argentiques sur papier baryté mat A4.

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(texte de présentation présent sur l'édition accompagnant l'installation)

Le film The war game ou La bombe en français est un moyen métrage de 50 minutes réalisé en 1965 par Peter Watkins, réalisateur Anglais. Ce film simule sous un «style documentaire» un bombardement atomique massif en Angleterre à une période contemporaine du film, c’est à dire dans les années 60, face à un contexte d’extrême inquiétude vis à vis de ce sujet suite à la crise des missiles de cuba en 1962 notamment.

L’hypothèse de ce bombardement était extrêmement viable puisque l’Angleterre était le principale pays hôte des têtes nucléaires du bloc de l’Ouest. C’est à la base la BBC qui fit la commande de ce film, qui de fait concernerait directement son audience en garantissant un visionnage massif. Pourtant, ce documentaire fictif fut si réel, ou du moins redonnait si bien l’effet de réalité, que la BBC est re- venu sur son choix et ne l’a pas diffusé à la télévision. Autre point sensible, le film était hautement subversif, car il mettait les forces de l’ouest face à leur responsabilité dans cette éventuelle crise. En effet, les pays de l’OTAN aurait très probablement autorisés la frappe tactique en premier, ce qui n’aurait laissé d’autre choix aux Soviétiques que de lancer toutes leurs bombes au risque qu’elles explosent sur leur propre territoire. Finalement le film fut projeté en salle à sa sortie et seulement en 1985 sur la BBC après avoir reçu plusieurs récompenses dont celle du meilleur documentaire en 1966.

Peter Watkins a réussi à retranscrire cette effet de réalité par un montage très spécifique d’images froides et scientifiques au contact d’images d’horreurs jouant fortement sur l’affect, la pitié, le misérabilisme. Le film est à la fois mise en scène, fictif tout en empruntant énormément au factuelle. Ainsi la préparation de ce film a donné lieu à d’immenses récoltes de témoignages et d’archives provenant des bombardements de Dresde, Darmstadt, Hambourg Hiroshima et Nagasaki. De plus, une commission au sujet d’un éventuel bombardement atomique composée de trois membres de la défense civile, deux stratèges, un médecin, un biophysicien et un psychiatre a transmise son compte rendu afin de réaliser ce film. Enfin, certains passages du film (par exemple les sondages au sein de la population) sont réels et beaucoup des acteurs ne le sont pas par profession, ils participent au film car les personnages qu’ils représentent ne sont autres qu’eux même dans l’espace fictif créer par Peter Watkins.
     
Autant de choix visant à mettre en contact l’espace fictif du conditionnel (aurait put/ pourrait être) au contact du factuel (ça a été, c’est) afin de montrer la porosité entre ces deux états et le passage de l’un à l’autre : «aurait put» devient «à été» et le «pourrait être» est.

La découverte de ce film m’a profondément marqué, son efficacité, sa clarté et son incroyable renversement entre la fiction et le réel : la fiction plus réel que le réel lui-même grâce à l’outil cinématographique, c’est à dire à la prise de vue et au montage.
J’ai été surpris de son incroyable écho et de son oubli progressif en ce qui concerne ma génération (je suis né en 1995). Cela est pa
rallèle au peu de soucis que nous avons face à cet état de fait : les bombes sont encore là mais leur menace est bien moins en surface, ainsi le déplacement de bombardiers Russes au dessus de l’Europe le 22 Septembre 2016 nous semblait inconcevable.
De fait je voulais faire une réactivation de ce film en le transmettant d’une autre manière que la vidéo (disponible sur internet). Car il est probable que son aspect vieilli par la technique (noir et blanc, 4/3) fasse malheureusement barrière à son visionnage. Il s’agissait alors de faire l’expérience du film «de l’intérieur» c’est à dire de revoir ses images, de sentir son sujet par un autre médium et par la création d’un nouvelle espace de fiction au sein du réel.